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L'artisanat en Guinée |
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1. Historique du développement de l’artisanat en Guinée Le secteur de l’artisanat a jusqu’ici fonctionné au sein de l’économie parallèle du secteur informel. Les orientations libérales imprimées à l’économie au lendemain du 3 Avril 1984, en faveur du développement de l’entreprise privée et de la décentralisation de la production, n’avaient pas intégré le secteur de l’artisanat de manière spécifique afin de lui apporter l’appui indispensable à sa promotion et à la modernisation. Durant cette période, les efforts menés par les services d’encadrement et certains intervenants tels que la Fondation Friedrich Ebert, la GTZ, l’OCPH (Organisation Catholique pour la Promotion Humaine), ont eu des résultats probants bien que circonscrits au strict champ de leur intervention. Depuis lors, le cadre institutionnel relatif à l’exercice de l’artisanat a considérablement évolué. D’une part, l’Office de Promotion et de Développement de l’Artisanat, a été créé pour coordonner les actions de soutien à l’artisanat, d’autre part l’appui aux micro et petites entreprises, la formation technique et la promotion de l’emploi sont également suivies par des structures spécifiques créées par le gouvernement guinéen. Sur le plan de la société civile, les artisans ont amorcé un travail de structuration des corps de métiers et des interprofessions régionales, sous l’impulsion de la Chambre de Commerce, d’Industrie et de l’Artisanat (CCIAG) et de la FENAG d’une part, et de la dynamique associative des programmes d’appui à l’auto- promotion des activités artisanales (projets dits 4A). 2. Contribution du secteur de l’artisanat 2.1 Importance économique Il est admis que le secteur de l’artisanat fournit plus de 40% de la production manufacturière et occupe environ 15% de la population guinéenne active et couvre plus de 30% de la population urbaine. Il contribue à la valorisation des matières locales, à la satisfaction des besoins essentiels des populations et à la création d’emplois. Une bonne partie des biens manufacturés disponibles dans le pays, notamment en milieu rural sont produits par des métiers artisanaux : forge, menuiserie, poterie, fonderie, natterie, teinturerie, bijouterie, couture, etc… Quant aux services de maintenance des équipements, ils sont aussi assurés par des artisans : mécaniciens, tôliers, peintres, soudeurs, électriciens, horlogers, réparateurs de radio et TV, plombiers etc... Même si l’agriculture, qui constitue l’une des principales activités en Guinée, est considérée comme moteur de développement, l’artisanat l’accompagne dans beaucoup d’aspects tant en amont qu’en aval : fabrication, réparation et entretien de matériel ; fournitures de pièces adaptées ; transformation des produits agricoles etc... L’artisanat joue également son rôle, dans la fourniture des biens et services aux populations à faible niveau de vie. Il contribue à la formation, aussi bien des jeunes déscolarisés, que des non instruits, par apprentissage traditionnel. Il joue un rôle dans la création d’emplois et la promotion de la femme par les filières telles que la couture, la broderie, la teinture, la saponification, la transformation des produits alimentaires, la coiffure etc... Ainsi, à la campagne comme en milieu urbain (voir Tableau 2), l’artisanat apporte une contribution substantielle au développement économique du pays. En effet, il :
Le rôle de l’artisanat dans l’économie nationale apparaît nettement dans ses relations avec les autres secteurs : industrie, transport, commerce, élevage, pêche, chasse. Le rôle de l’artisanat est multiple et apparaît dans tous les aspects du développement socio-économique de la Guinée : la fourniture des biens et services, la création d’emploi, la formation professionnelle. Malgré l’absence de statistiques spécifiques, l’importance de l’artisanat en tant qu’acteur économique se manifeste par:
2.2 Emploi On note qu’en dépit d’une nette amélioration des indicateurs économiques grâce à la mise en œuvre à partir de 1985 d’importantes reformes macro-économiques, les indicateurs sociaux demeurent globalement préoccupants. Parmi ces indicateurs, on relève le taux de chômage et de sous-emploi qui reste très important, notamment parmi les jeunes diplômés de l’enseignement supérieur ou des écoles professionnelles, en quête de leur premier emploi. La population féminine connaît aussi un taux de chômage élevé. A cette population, il faut ajouter les victimes de la déperdition scolaire, les jeunes ruraux qui émigrent dans les villes et les déflatés de la fonction publique. L’EBIC de 1994 et le recensement de 1996 font ressortir les éléments suivants:
La fermeture de nombreuses usines suite à l’application des mesures de restructuration et les difficultés financières des entreprises créées par le secteur privé ont jusqu’ici constitué des entraves au développement de l’emploi. En fait, le secteur privé sur lequel le Gouvernement a fondé son espoir dans la mise en œuvre du PREF, répond difficilement à cette attente. Les textes réglementaires et l’adoption de certaines lois ont eu des incidences faibles sur l’emploi formel, face au développement et à la concurrence des structures informelles dont la plupart des entreprises artisanales font partie. Le secteur informel en Guinée présente quatre caractéristiques essentielles : son important poids économique, sa présence dans le secteur moderne, ses relations avec les pouvoirs publics et son dynamisme interne dans un environnement économique difficile. Dans un rapport du PNUD, le secteur informel, dont l’artisanat mais également le commerce, représente 82% de l’emploi en Guinée. Il contribue pour 54% du PIB en 1994. C’est le second pourvoyeur d’emploi après le secteur rural. Il procure 22% du revenu total disponible au niveau des ménages et presque 48% des ménages exercent une activité au niveau du secteur informel. Les personnes confrontées à la rigueur du chômage trouvent dans l’apprentissage et l’exercice d’un métier, la voie qui leur permet de s’affirmer socialement et économiquement. Le choix d’être artisan n’est donc pas toujours la réalisation d’une vocation, ni l’accomplissement d’une volonté. Il est également une stratégie de survie développée par les jeunes et les femmes en quête d’une sécurité monétaire et d’une affirmation sociale. Il ressort des enquêtes réalisées dans le cadre de la LPD Art que les artisans propriétaires d’ateliers sont relativement âgés, la plupart se situant dans la tranche des plus de 40 ans. Les jeunes sont toutefois présents dans le secteur au titre d’apprenti ou de compagnon. Le démarrage d’une activité autonome requiert des moyens financiers dont les jeunes ne disposent pas facilement. Le délai nécessaire pour l’accumulation des fonds propres et la mobilisation de ressources complémentaires retarde l’insertion des jeunes dans la profession. Toutefois un bassin important de candidats potentiels existent du fait de la non scolarisation des enfants, des déperditions scolaires et des difficultés qu’éprouvent les diplômés de l’enseignement supérieur et de la formation technique à trouver de l’emploi. 2.3 Aspects sociaux La Guinée a une population de 7,2 millions d’habitants, selon les résultats du recensement général de la population et de l’habitation réalisé en décembre 1996, contre 4,7 millions d’habitants en février 1983 (soit un taux d’accroissement annuel de 3,1% en 13 ans). Si cette tendance se maintient, la population atteindra en l’an 2010 un chiffre de 9,6 millions d’habitants. La population guinéenne est caractérisée par une forte proportion de population féminine (51,2%) et de jeunes (46,5% ont moins de 15 ans). La population guinéenne est principalement rurale (70%). Cependant, la population urbaine évaluée à 30% est en nette progression. La population active est estimée à plus de 71% de la population totale du pays, avec une proportion de 48% de femmes, selon l’Enquête Intégrale Budget et Consommation (EIBC, 1994). L’analphabétisme concerne près de 70% de la population avec une proportion de 80% chez les femmes, malgré les efforts de démocratisation de l’éducation entrepris depuis 1984. 2.4 Genre Le secteur de l’artisanat représente un débouché important pour les femmes. Sa promotion et son développement contribueront par la création d’emplois accessibles aux femmes, à élever leur statut économique et social et à réduire les disparités de genre. Les femmes sont actives dans les différents secteurs d’activité de l’artisanat où elles sont souvent regroupées en associations (coopératives, ONGs, etc). Les femmes contrôlent 20% de l’ensemble des activités de transformation artisanale. Cependant , elles contrôlent presque 100% de certaines filières (coiffure, poterie, teinture, tricotage etc…) et ont investi d’autres filières (couture, etc). Mais elles sont absentes des filières telles que la menuiserie, la ferblanterie, la forge, la maçonnerie, la cordonnerie, la bijouterie, la sculpture etc…, métiers dont l’exercice est dévolu aux hommes. Cependant, en Guinée, le taux d’analphabétisme féminin atteint près de 80% et le taux de scolarisation des filles est de 40%. Ces données expliquent leur forte présence dans le secteur de l’artisanat qui leur offre des opportunités de promotion économique et sociale malgré un niveau de formation relativement bas. 2.5 Dimension culturelle La dimension socio-culturelle de l’artisanat renvoie à la stratification des sociétés traditionnelles. Cette stratification catégorise la société en segments définis par leurs activités sociales. Ainsi, on distingue, par exemple, des nobles et des gens de castes. Les artisans appartiennent à cette dernière catégorie qui se subdivise en secteurs d’activités artisanales (forgerons, sculpteur, potiers, cordonniers, etc.). Les artisans ne choisissent pas de devenir ce qu’il sont. Ils le sont naturellement plutôt culturellement, car on pratique le métier de père en fils. Certains noms de famille (Kanté, Sidimé, etc.) s’identifient à des activités artisanales. Les normes sociales excluent les nobles de l’exercice des métiers d’artisans, ces activités étant considérées comme dévalorisantes et ‘‘honteuses’’ pour cette frange de la société. Ceux qui enfreignent ces normes sont ‘‘déchus’’ et bannis de leurs familles. Ils peuvent même parfois, dit-on, être frappés de malédiction. Les modes de pensée et de comportement traditionnels entravent ainsi l’éclosion et le développement de la vocation d’artisan de bon nombre de personnes. Quoiqu’on rencontre cette situation un peu partout en Guinée, c’est en Moyenne Guinée où elle est plus manifeste. Cela pourrait expliquer le succès relatif du projet 4A/TA, à Labé. Elle l’est aussi mais à un moindre degré, en Haute Guinée. |
Les métiers les plus pratiqués sont la menuiserie bois, la mécanique, la broderie, la couture, la teinture, la tapisserie, la sculpture bois, la chaudronnerie, la maçonnerie, la peinture, la forge, le dépannage radio et TV, la photographie, la fonderie et la bijouterie.
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